Daredevils [Fate]

La disparition du SS Hewitt

Quatrième aventure d’une nouvelle campagne.

Aventure du jeudi 24 novembre chez Laurie et Benoit

<span class="caps">SS</span> Hewit

C’est dans mon cabinet de consultation, rénové en un bureau cossu pour les besoins qui incombent à mes nouvelles fonctions à l’Hôpital pour enfants et adolescents de Saint Louis, que j’écris ces quelques lignes …

Monsieur le directeur Armand Delaval, c’est ainsi que l’on m’a présenté à ce symposium de New York sur la maltraitance des enfants de parents alcooliques. C’est la que ce médecin m’a offert cette invitation pour un nouveau genre de croisière sur les eaux calmes des Bahamas. C’est aussi la bas que mon existence a basculé dans les méandres de l’invraisemblable et si je ne me connaissais pas si bien, je dirais que ces quelques lignes écrites dans ce nouveau journal, ne sont que le point de départ d’une thérapie …

Le SS Hewitt, paquebot de guerre américain transformé en navire de croisière pour touristes. A son bord : spectacles, soirées dansantes, promenades en plein air sur le pont, tirs au pigeon d’argile, lectures, escales dans les îles environnantes encadrée par Aristide Desgardin, enfin bref tout ce qu’ils semblent nécessaires et suffisant pour divertir la clientèle, y compris une visite dans le triangle des Bermudes avec petit cadeau souvenir en prime. Seule ombre au tableau, cette femme obèse au rire obséquieux qui au fil du temps commençait sérieusement à m’exaspérer …

Je partageais le compartiment du navire avec 3 autres invités : Mike Mattock : détective privé chargé de la sécurité sur le navire, Aristide Desgardin : un chasseur de grands fauves d’Afrique et Earl Grendith : un ingénieur de terrain de noble naissance qui a fait fortune durant la grande guerre. Nous étions servit par un jeune homme répondant au nom de Johnny Relly. Mis à part cette femme grossière qui occupait mon esprit, tout se passait pour le mieux.

Et c’est ainsi qu’arriva cette fameuse nuit ou tout bascula.

C’est le silence qui en réalité me réveilla. Les moteurs diesels du bateau étaient arrêtés, ce qui ne présageait rien de bon. Prudent comme à mon habitude, j’avais revêtu mon costume 3 pièces, prêt à toute éventualité. Une fois dans le couloir, seules les lumières de secours étaient allumées, je retrouvais alors mes 3 compagnons de voyage.

Nous sommes allés réveiller notre jeune serviteur afin qu’il aille se renseigner auprès de la capitainerie. Le garçon dormait à point fermé mais à notre demande il se dirigea vers la cabine de pilotage … Pas un bruit, pas un passager en vu, il n’y avait que le néant et l’obscurité … Les choses n’étaient pas comme elles devraient l’être, mon taux de stress augmentait nettement face à cette réalité. Johnny ne semblait pas revenir, alors nous avons pris la décision de nous rendre nous même sur place. Grendith quand à lui s’était changé paraît à toute éventualité (un poil paranoïaque …), Desgardin était parti chercher ses fusils, quant à Mattock, il avait bien la ferme intention de se rendre à la capitainerie. Le chasseur me tendit un de ses fusils, c’est avec un sourire narquois que je le pris, convaincu que je serais bien plus à l’aise avec un scalpel qu’avec une arme à feu.

Non décidément les choses n’étaient pas normales, à quelques pas de la capitainerie, notre ingénieur de terrain avait disparu, comme Johnny d’ailleurs. Le chasseur blanc au cœur noir un peu en retrait nous laissa seul devant la porte d’entrée de la cabine de commandement. L’obscurité était parmi nous, silencieuse, lourde et menaçante, pour la première fois je ressentais la dangereuse sensation d’être une proie, d’être la proie. J’interrompis Mattock avant qu’il n’entre dans la cabine, « Non il ne faut pas ! », le néant nous attendait derrière cette porte, je le savais ! Il essaya de me rassurer par de vulgaires paroles sans aucuns sens … Etais-je le seul à comprendre que ce qui se passait ici n’était en rien naturel ?!!?

Malgré mon avertissement, le détective entra dans la cabine et je senti immédiatement qu’il avait bien vu quelque chose qu’il ne comprenait pas du tout. En observant les alentours, mon attention se dirigea vers la chaloupe de secours des officiers : une Aura obscure et silencieuse s’en dégageait, on ne semblait même plus entendre le bruit de l’océan. J’en informais mes camarades d’infortune quand soudain ce fut le cri de Johnny, un pont plus bas, qui déchira le silence. Sans aucune précaution Desgardin et Mattock se précipitèrent vers l’endroit d’où provenait le cri : les cabines inférieures. J’en étais persuadé une entité nous mettait à l’épreuve. Le détective faillit tomber avant d’arriver à la chambre ou se trouvait Johnny qui agitait les bras comme s’il cherchait à se défendre, d’après lui contre une masse obscure qui avait pris l’apparence de cette grosse dame obséquieuse … Il y a quand même une morale à cette histoire … La chaloupe, il nous fallait nous rendre à cette chaloupe …

C’est tous les 4 que nous arrivâmes sur le pont devant la chaloupe, c’est la que l’obscurité nous absorba un par un. Elle m’entourait, m’isolait, m’empêchait de respirer, « Tu dois rester calme Armand, reste calme » mais l’oxygène manquait. Je devais m’extraire de cette enveloppe prudemment mais rapidement, ce que je fis à ma plus grande surprise sans trop de difficulté.

Les événements se précipitèrent ! Grendith était sur le pont presque inconscient, un tentacule sombre lui enserrait la jambe, l’attirant inexorablement vers l’océan. Par reflexe, Mattock fit feu et toucha le tentacule. En même temps, Johnny agrippa l’ingénieur pour le ramener sur le navire. Mais dans un mouvement brusque, le tentacule les précipita dans l’océan. Je me dirigeais vers le garde corps pour voir à quoi nous avions affaire, Desgardin fit de même. Une vision de cauchemar, un maelstrom noirâtre gigantesque brandissant en son centre un tentacule tout aussi gigantesque probablement capable de faire chavirer le navire. Desgardin et Mattock visèrent la base du tentacule, prêt à tirer, je les encourageais à tirer juste … Ils firent feu, dans le mille !

Deux hommes à la mer !! Je lançais les bouées de sauvetage, manquant de peu les deux nageurs, fort heureusement pour eux. L’aube pointait le bout de son nez, tout était fini l’entité nous avait quitté. Il nous fallut 4 jours pour remettre les moteurs en route, sous la direction attentive de notre richissime ingénieur de terrain et lancer un S.O.S. C’est un navire britannique qui nous porta secours. Comment expliquer la disparition de tout un équipage et de ses passagers à la police militaire britannique : seuls restaient 5 survivants, coupables aux yeux des autorités. Nous avons tous été interrogés séparément sur le navire, pour ma part je n’ai exposé que des faits bien réels omettant volontairement de parler du coté obscure et surnaturel de cette affaire. Mon charisme et surtout ma réputation en temps de médecin semblait faire l’affaire à ce moment. Pour Aristide Desgardin, Mike Mattock et Johnny Relly, cela semblait être une autre histoire. C’est une fois sur la terre ferme que Earl Grendith fit appel semble-t-il à ses relations haut placées.

Ce qui me marqua le plus, c’est la façon dont on nous débarqua sur terre : très discrètement, voir presque secrètement, pour nous interroger une nouvelle fois, mais de façon plus … courtoise. Je ne changeais cependant rien à ma version des faits. Mais à première vue Grendith, quant à lui, avait la langue bien pendue et sauva surement la mise aux trois autres.

Le happy end de cette affaire se déroula à huit clos dans une base militaire pour nous entendre dire ceci :

« Durant votre voyage sur le SS Hewitt, vous avez été témoin d’événements inexplicables que le commun des mortels ne pourrait comprendre. La version officielle est que le SS Hewitt s’est abimé en mer et qu’il n’a pas été retrouvé. Il est donc porté disparu. Une cellule de crise est à votre disposition à White Chapel si vous souhaitez bénéficier d’un soutien psychologique. En attendant vous êtes tenu au secret, mais dorénavant vous êtes considéré comme réservistes et pouvez donc être appelé à tout moment pour des missions d’un genre particulier »

Quelle ironie du sort … Après avoir servi la France en temps que chirurgien de guerre pendant la grande guerre, me voila embrigadé secrètement dans une obscure organisation au service de sa majesté.

Nous sommes le 31 janvier 1921, je viens de faire une courte pause après l’écriture de ces quelques lignes en contemplant le couché de soleil par la fenêtre de mon bureau. La nuit commence à tomber et les oiseaux de nuit commencent à quitter leur nid. Comment s’appelait déjà cette jeune alcoolique ? Ah oui, églantine, il est temps pour moi d’évacuer toutes les tensions qui se sont accumulées à cause de ces événements regrettables, le cœur léger allons nous amuser un peu …

… Fin de la thérapie.